Jan Vercruysse

Grande Camera oscura
Cibachrome encadré sous plexiglas UV
60 x 115 x 3 cm
Pièce unique
Oeuvre acquise en 2010

2002

Jan Vercruysse

Né en 1948 en Belgique.
Jan Vercruysse vit et travaille en Europe Occidentale.
Il est représenté par la Galerie Xavier Hufkens (Bruxelles).

Démarche artistique
D’abord étudiant en droit et poète, Jan Ver­cruysse engage, dès 1974, un cheminement professionnel des Lettres vers les arts plas­tiques qui rappelle celui de Marcel Brood­thaers, figure majeure de l’art contemporain belge. Depuis presque quarante ans, Jan Vercruysse développe une œuvre complexe et discrète, nourrie de philosophie et de culture occidentale qui interroge notamment l’essence de l’art. Il y propose une réflexion sur l’autoportrait qui peut être associée à des préoccupations d’ordre littéraire. Les références au théâtre et à l’architecture sont également nombreuses dans sa démarche. Il travaille le plus souvent par séries, dévelop­pées sur plusieurs années, à l’instar des Tom­beaux et Paroles qui consistent en autant de sculptures aux résonances métaphoriques jouant subtilement du motif du double et de la dialectique présence/absence.

Grande Camera Oscura (Menina I), 2002
Grande Camera Oscura (Menina 1) est un diptyque photographique présentant un personnage féminin en costume, tout droit sorti des célèbres Ménines de Diego Vélasquez (1656). À gauche, le jeune modèle est repré­senté debout. À droite, on le découvre en train d’exécuter un poirier. Dans cette série de diptyques qui comprend plusieurs pièces uniques, Jan Vercruysse décline ce même principe du renversement sur plusieurs personnages emblématiques de l’histoire de l’art et de la littérature (parmi lesquels la célèbre Alice de Lewis Carroll). Le caractère unique de l’édition confère une rareté à l’œuvre qui contredit l’essence reproductible du médium photographique. En se référant à un tableau célèbre qui demeure, malgré sa fortune cri­tique, toujours aussi énigmatique, l’artiste provoque dans Grande Camera Oscura (Menina 1) un chamboulement malicieux des références classiques tout en maintenant un dialogue complexe avec elles. Le titre de l’œuvre et le renversement du modèle évoquent le procédé de la chambre noire (camera obscura en latin), une invention aux origines de la photographie. Ce dispositif optique, dont l’usage se répand à l’époque de Vélasquez, renvoie une image du monde fidèle, mais à l’envers. La chambre noire per­met de générer directement une image du réel, sans pour autant pouvoir la fixer. Cette référence propose ainsi une interrogation sur le support même de la photographie et ses qualités d’enregistrement.