Linus Bill (1982) et Adrien Horni (1982) vivent et travaillent à Bienne, Suisse.

Depuis 2011, après des études de photographie pour le premier et en arts visuels pour le second, aux côtés de leurs pratiques artistiques respectives et individuelles, les artistes développent un travail en duo, sous le nom Linus Bill + Adrien Horni.

Pendant le confinement dans la première moitié de l’année 2020, le duo s’est fixé comme objectif de produire et de partager cinq GIFs par jour, récupérant leur temps d’écran solitaire au titre d’une collaboration créative. Pendant des mois, ils ont échangé des fichiers via le service de messagerie WhatsApp, composant des collages colorés de dessins numériques, d’images captées sur Internet, d’émojis et de photos prises avec la caméra de leurs smartphones.

L’œuvre GIFs présente cinq cent vingt-deux GIFs sur les quelques trois mille que les artistes ont produit à travers leur pratique de co-création à distance. Ces images fortement agrandies, projetées sur trois écrans LED dont les proportions et la verticalité renvoient à des écrans tactiles surdimensionnés et ultra-lumineux, se succèdent dans un flux qui semble infini, défini par un algorithme aléatoire.
Par le format monumental ainsi que la variété de styles et sujets mobilisés, GIFs fait clairement référence à la peinture contemporaine et aux pratiques qui ont été qualifiées de post-internet. En effet, selon les mots des artistes, les images composent des « tableaux en mouvement », dans lesquels des figures libres aux couleurs franches, qui nous font penser à la peinture gestuelle aussi bien qu’à un ensemble de créations graphiques actuelles, s’entremêlent avec des motifs et figures issus de la culture pop numérique.

À travers ce dispositif original — à la fois produit de la dépendance numérique caractéristique de notre époque et critique envers celle-ci — Linus Bill + Adrien Horni nous invitent à nous interroger sur les conditions de production des images digitales qui saturent notre quotidien, de leur stockage, de leur gestion et de leur transport. En même temps, les artistes soulignent le potentiel expressif et les nouvelles possibilités picturales offertes par la prolifération de ces images.